L’ORDRE NUCLEAIRE 

A travers son élaboration par les Etats-Unis, la bombe atomique était censée mettre fin à la guerre et par-là apporter un certain ordre au monde. Pendant la guerre froide, elle a été le seul garde-fou et n’a, par ailleurs, jamais été utilisé.

         Nous verrons ici comment les premiers possesseurs de l’arme qui sont devenu un « directoire » oligopolistique ont pu assurer une longue période d’ordre dans la seconde partie du XXe siècle. Par la suite, nous verrons comment l’ordre a été façonné grâce au principe de dissuasion et comment les organes de régulations ont permis – et dans quelle limite  – de limiter les effets néfastes de la dissuasion à savoir, notamment, la prolifération nucléaire.

 

I ) Le « Directoire » atomique

On entendra par pays « développés » au sens nucléaire les cinq pays possédant un siège au conseil de sécurité de l’O.N.U. ( USA, URSS, France, R-U, Chine ) ainsi qu’Israël. On peut considérer que les contrôles en vigueur permettent une sécurité suffisante. La présence de la Russie n’est justifiée que par son droit de veto dans l’institution des Nations Unies, son arsenal n’étant pas si bien gardé que certains dirigeant laissent à penser.

 

1)    Naissance et objectifs

Les Etats-Unis mettent au point leur bombe A en 1945 et bombardent Hiroshima et Nagasaki. Ce fut  d’ailleurs plus une tentative d’impressionner les Russes qu’une façon d’arrêter des combats.

« Le Japon essayait à ce moment même de se rendre sans perdre complètement la face […] Il n’était pas nécessaire de frapper avec ce truc abominable. »    Cette citation n’est pas celle d’un pacifiste mais celle du Général Eisenhower dans son journal. Ainsi, les plus horribles bombardements de l’Histoire n’auraient servi qu’à impressionner…  Quelques jours plus tard, Truman, tremolos dans la voix, déclarait qu’il lui était échu la responsabilité de l’arme la plus terrible qu’il existe : mise en garde à peine voilée pour l’URSS qu’on pourrait traduire par un ferme Gardez vos distances !

 

Tous les pays industrialisés ont en commun le fait d’avoir mis au point seul leurs technologies nucléaires à usage militaire. Bien que la rumeur veuille que la Chine ait emprunté des technologies à l’URSS et aux Etats-Unis, l’élaboration des bombes a été effectuée indépendamment des autres nations. La fabrication de cette bombe provient de quatre principales causes :

 

1    Dissuader tout autre état d’attaquer

 

 

2    Rivaliser avec les pays possédants pour des raisons notamment politiques

 

3    Assurer son indépendance militaire, diplomatique…

 

4    Obtenir une influence (droit de veto à l’ONU…) ou assurer au pouvoir qui la développe un soutien populaire plus large

 

Bien qu’au début, les deux Grands étaient forts heureux de s’être arrogé le monopole atomique, quelques troublions s’installèrent. Le Royaume-Uni, la France désiraient montrer  leur indépendance, la Chine souhaitaient enfin être reconnue sur la scène internationale. La bombe étant la meilleure solution, ces pays s’en dotèrent plus ou moins honorablement mais leurs arsenaux restèrent bien en deçà de ceux des Grands.

 

         2) La course aux armements

Entre 1945 et 1949, les bombardiers américains B-52 pouvaient facilement atteindre le territoire russe mais une fois passées ces quatre années, le 22 Septembre 1949, les russes font exploser une bombe expérimentale.

Les choix stratégiques furent très différents entre les deux Grands ; bien que les bombes étaient les mêmes, les vecteurs furent très différents.

L’URSS adopta une politique du tout ICBM, elle en possédait en pleine guerre froide ( 1962 ) un nombre compris entre 1 000 et 3 000 qui contenaient 3 000 à 7 000 charges dont 480 pouvaient atteindre le territoire ennemi. Son nombre de bombardiers resta largement en deçà des américains pour une raison de logistique : les russes manquaient de bases aériennes. Les SNLE, quant à eux, furent développés non pas en projet indépendant mais dans la politique krouchtchevienne de création d’une flotte de haute mer – Eskadra – à partir de la crise de Cuba. Bien que le nombre de têtes embarquées avoisinaient celui des USA, les charges ne représentaient qu’un Tiers de l’arsenal américain.

Les Etats-Unis jouèrent aussi la carte des ICBM mais elle en construit de bien plus petits en taille et en charge, néanmoins, leur précision était beaucoup plus poussée : qualité pour les USA contre quantité pour l’URSS. Ils ont aussi été les spécialistes des bombardiers grâce à leur politique internationale qui obtenait des facilités aériennes dans le monde entier : en Europe ( Islande, Ecosse, Turquie…), en Afrique ( Maroc, Libye, Arabie Saoudite ), en Asie ( Japon, Philippines, Diego Garcia qui recèle un nombre impressionnant de bombardiers B-52 améliorés dites forteresses volantes), et en Amérique ( Thulé en Alaska, Hawaï, Porto Rico et bien sûr le territoire proprement dit ). Leur bombardiers, bien que moins intéressants que leurs ICBM restèrent grâce à la furtivité un élément majeur de leur politique. Les SNLE n’étaient pas nombreux mais, eux aussi, possédaient chacun un nombre plus important de charges. Au total, les UDSA possédaient 27 000 ( ! ) charges, dont 3 000 pouvaient toucher le territoire soviétique contre 480 pour les russes.

Remarque : Ces chiffres sont des maxima et leur nombre a, heureusement, diminué avec le temps et les traités de désarmements.

         3) La course à l’espace, une image de la Bombe ?

Les russes firent la démonstration de leur écrasante supériorité en matière d’ICBM pendant la course à l’espace : Spoutnik, Laïka et Gagarine n’auraient pas pu exister sans les poussées énormes ( jusqu’à 500 tonnes à la verticale ) des ICBM soviétiques. Jusqu’en 1969, tout le programme reposait sur la supériorité des moteurs à propergol russes héritées de la politique du « tout quantitatif », c’est à dire des missiles dont la portée  était plus importante que celles des américains.

La principale tâche des américains fut d’ailleurs de rattraper cette avance. John Glenn, le meilleur exemple, ne resta que 16 minutes en orbite alors que Gagarine, parti quelques mois auparavant, tourna pendant 3 heures, la différence venant du fait que la fusée de lancement S-8 ( qui portait aussi dans sa version habituelle des têtes nucléaires ) , à l’époque bien plus puissante que leurs concurrents du programme de l’Us Air Force. Ces derniers n’avaient pas une poussée suffisante pour atteindre une orbite terrestre suffisamment éloignée pour satelliser correctement.

C’est réellement en 1962 que les Etats-Unis – Kennedy en tête – s’inquiétèrent des fusées très longue portée : si  Khrouchtchev peut envoyer un satellite ( source de paranoïa au Pentagone: est-ce un satellite espion ? est-il armé ? ), il peut toucher avec ces ICBM - lanceurs civils n’importe quel point des Etats-Unis.

Ici, le programme spatial – et donc civil – russe se confondait avec la dissuasion : les soviétiques montrèrent juste qu’il pouvaient faire mal mais ils n’ont rien montrer d’autres : ni la portée de l’engin, ni sa vitesse, ni sa charge utile. Parfaite opération de communication, ils ont fait peur tout en n’étant pas menaçants…

 

Ainsi, les Deux Grands et les Trois Petits ( France, R-U, Chine ) régnaient sans conteste sur le monde entre 1949 et les années 70. Leur puissance nucléaire était incontestée et respectée, l’ « Ordre » de la Terreur régnait entre les possédants et a fortiori entre les possédants et les non-possédants. Le principe de Terreur reposait d’ailleurs sur une conception précise de l’utilisation de la bombe : la dissuasion.

 

 

II ) La dissuasion

« Je ne sais pas avec quelles armes se fera la troisième Guerre Mondiale mais je sais qu la quatrième se fera avec des bâtons et des pierres. »

Albert Einstein

1)    Définition et principes

Pour le Larousse, la dissuasion est un « Mode de la stratégie militaire qui vise à détourner un adversaire d’une intention agressive  par la représentation des représailles  qu’il pourrait subir en retour ».

La dissuasion remonte, selon certains analystes à plus de 3 000 ans avant J-C à travers le Code d’Hammourabi, selon d’autres, elle est indissociable -sur un plan sérieux- de l’arme atomique. On peut plutôt penser que les seconds ont eu raison : les armements de type conventionnels n’ont pu éviter la Première et la Seconde guerre Mondiale. Avec l’arme totale que représente la bombe atomique, la dissuasion atteint des sommets insupportables. Stanley Kubrick l’a montré dans son Doctor Strangelove ( docteur Folamour en V.F. ) : une simple fausse attaque et la « Doom Death Machine » soviétique se mettait en marche. Image de la folie que représente la dissuasion, elle consiste en un système qui, en cas d’attaque américaine, pouvait lancer automatiquement TOUT l’arsenal nucléaire russe sur les USA et faire un massacre inconcevable. Le film, bien que comique dans son surréalisme, avait touché juste : si les Deux Grand faisaient, ne serait-ce qu’une erreur, la dissuasion aurait été appliquée et…

 

         2) Le Jeu de la dissuasion et sa mise en pratique

La dissuasion repose sur deux bases indépendantes : terroriser l’adversaire et faire un jeu de poker menteur. En Anglais, dissuasion se dit detterence, il possède la même racine que terror, c’est le principe de peur qui fonde la dissuasion : il faut à tout prix faire peur. Par tous les moyens possibles et imaginables, les deux Grands se firent peur en inventant de nouvelles technologies, en les dissimulant, en faisant miroiter des mensonges… Tout fut bon pour terroriser…et c’est au prix de cette terreur que nous n’avons pas eu de conflit nucléaire. Paradoxalement, c’est  la seule stratégie militaire qu’on ne veut, peut – moralement- ou doit pas appliquer : on connaît les conséquences et on ne doit pas tirer le premier. Le second principe est celui du à peine découvert, ce jeu est des plus subtiles: les stratèges, politiques et diplomates se sont amusés pendant quarante ans à y jouer. Les règles sont très simples : il faut montrer assez pour faire voir qu’on a les moyens de faire mal et ainsi démontrer sa puissance mais, et là l’intérêt apparaît, il ne faut pas trop montrer ! Si on montre trop, on a perdu : l’ennemi doit avoir peur, certes, mais il ne doit pas savoir jusqu’où il doit avoir peur. S’il sait tout, il peut attaquer à tout moment et tout détruire : on a perdu. Mais si l’on cache, ne serait-ce que 20 % de ses capacités de destruction, on fait peur, encore plus peur, toujours plus peur… et l’ennemi ne sait pas s’il y a 10, 20 ou 50 % de bombes cachées, il ne sait pas où frapper et devient encore plus angoissé : la Terreur nourrit la Dissuasion et la Dissuasion nourrit la Terreur. C’est pendant la Guerre Froide que ce jeu a atteint un paroxysme : non seulement les dirigeants avaient peur mais aussi les populations : on ne comptait plus les abris souterrains qui florissaient sous les pelouses des maisons américaines – heureusement qu’ils n’eurent pas à les essayer : ils auraient été irradié ET coincés !.  Les populations russes, quant à elles ne se passaient pas des nuits blanches : elles ne savaient rien.

On a aussi aussi vu une mise en pratique originale de la dissuasion que j’appellerais auto-dissuasion : quand le général Mc Arthur demanda au Président – et général – Eisenhower que l’on usât de la bombe atomique sur la Corée, la Maison Blanche lui refusa catégoriquement : le conflit n’était pas à une échelle assez importante et ce général s’autocensura. On a vu ce phénomène pour d’autres conflits : les américains au Vietnam ou les Russes en Afghanistan avaient l’arme mais ne l’ont pas utilisé malgré le fait qu’ils ne risquaient rien hormis la colère de l’opinion publique mais quand on est une superpuissance… Ainsi est apparu un autre élément : la peur de ses propres armes : on n’a plus peur de ce que l’ennemi a mais de ce que l’on possède.

C’est justement cette peur de l’ennemi– USA pour URSS et URSS pour USA-  et le besoin d’une riposte efficace qui conduisit le monde à receler autant d’armes nucléaires.

 

         3) Des conceptions différentes de la dissuasion

Les doctrines du fort au fort comme celle évoquée ci-dessus ne se sont pas généralisées : notre stratégie est plutôt celle du faible au fort. N’ayant pas les moyens d’entretenir un arsenal nucléaire aussi important que celui de l’URSS ou celui des USA, de Gaulle et ses successeurs – Mitterrand en tête – choisirent la politique dite de frappe anti-cité. Nous n’entretenons qu’un petit arsenal mais la quantité ne compte pas : l’ennemi qui voudrait nous attaquer perdrait plus qu’il ne gagnerait. Le calcul est simple : si – exemple absurde et choisi au hasard-, les américains nous envahissent et que le président français utilise l’Arme, il désignera Washington, New York, Los Angeles, Chicago et d’autres villes très importantes comme cibles : 50 millions de morts au minimum. Bien que le territoire national serait envahi, des millions d’américains auraient été tués et comme le secret n’a jamais fait partie de notre politique, les dirigeants américains savent que nous pouvons le faire et n’oseraient donc pas nous envahir : le problème est donc résolu d’avance. Cette politique est donc une dissuasion sans l’être : nous ne cachons rien – sauf l’emplacement de nos SNLE, heureusement - mais nous faisons peur malgré cela. Ainsi, ce n’est pas l’arsenal qui compte mais la bombe en elle-même. Les rapports stratégiques sont donc équivalents, quelque soit le nombre d’atome. Si les deux Grands s’armèrent autant, c’était plus par fierté nationale que par véritable peur.

Toutes ces doctrines de dissuasion ne sont pas présentes dans les esprits des nations étrangères. Les Pakistanais, Indiens, Coréens et Chinois ne réfléchissent pas en terme de dissuasion. Sans considérer l’Arme comme anodine et conventionnelle, ils seraient plus prêts à l’utiliser que nous du fait qu’ils la considèrent plutôt comme un arme alors que nous la considérons comme une anti-arme : c’est un instrument –dans des mains sérieuses- qui doit absolument ne pas servir et doit inciter à ne pas être utilisé. Ce « choc des cultures » nucléaires pourraient conduire à des malentendus qui peuvent prendre des proportions trop importantes : si une guerre conventionnelle éclate entre deux pays dont l’esprit de la dissuasion est différents, un des deux antagonistes pourrait user de l’Arme sans la considérer de la même façon que le premier. Reste à savoir si assez d’experts seront encore là pour se pencher sur le problème.

La Peur, tel était le maître mot de la dissuasion : un Etat avait peur de son ennemi et n’osait pas attaquer de peur de se voir lui-même détruit. Bien que difficile à envisager d’un point de vue militaire, c’est bien la peur de nos armes qui a fait que nous ne les avons pas utilisé

Certains anthropologistes pensent que la peur est le plus puissants des instincts humains. C’est peut-être finalement grâce à notre nature humaine que nous n’avons pas connu de Troisième Guerre Mondiale, qui aurait été, n’en doutons pas, nucléaire.

 

III ) Régulation

         Avec la prise de conscience de l’arsenal mondial, les deux Superpuissances – beaucoup plus que les autres – décidèrent de se séparer d’une partie de leur souveraineté et de leur pouvoir en détruisant une partie de leurs armes atomiques. Nous étudierons ici quelles ont été les différents instruments de cette régulation puis les effets qu’elles ont eu.

            C’est avec la crise des fusées de Cuba ( 1962 ) qu’est née l’idée de se séparer ou de limiter le stock mondial d’armes nucléaires, le premier pas vint des américains, pas tant dans un but de Paix que dans la limitation de l’arsenal soviétique…

1) Les traités

TNP (Traité de Non-Prolifération) : Premier du genre, ce traité signé à Londres, Washington et Moscou en 1968 prévoit d’interdire l’exportation d’armes et de techniques nucléaires vers les pays qui n’en sont pas dotés, de favoriser le désarmement de ceux qui en possèdent mais aussi de favoriser le développement du nucléaire civil. 188 pays en sont signataires ( ni l’Inde, ni le Pakistan, ni Israel ne l’ont accepté ). La France et la Chine ne l’ont ratifié qu’en 1992. Tous les cinq ans sont menées des négociations de révision à partir de 1975 mais est devenu permanent le 11 mai 1995.

SALT I ( Strategics Armements Limitation Talks I par Nixon-Brejnev ) : En 1964, les USA sont à l’apogée de leur puissance nucléaire mais voient l’URSS développer de plus en plus vite leur arsenal. De son côté, la Chine fait de même et devient un risque aux yeux des experts américains. C’est dans ce contexte que les experts de la Maison-Blanche décidèrent de commencer à discuter dans un cadre informel avec les soviétiques. Le premier round de négociation officiel, dit SALT I, débuta en novembre 1969 et se termina en janvier 1972 sur deux traités importants :

_l’ABM ( Anti-Ballistic Missiles Treaty ) et l'accord intérimaire sur la limitation des armements offensifs stratégiques. Le premier « limitait le nombre des armes et des radars autorisés, réglementait leur composition et leur emplacement, mais permettait notamment la poursuite des programmes d'expérimentation et le développement des armements […] Le contrôle était assuré par le recours à des moyens techniques nationaux, c'est-à-dire des systèmes techniques de détection commandés par l'un des signataires et reconnus comme outils légitimes d'information par le droit international. Le traité mettait aussi en place une commission consultative permanente chargée de contrôler les violations concernant le suivi et d'effectuer des propositions en matière de contrôle de l'armement. » Les systèmes anti-missiles des deux Grand furent limités à un par pays – Les Russes choisirent Moscou et les Américains Grand-Folks dans le Dakota.

 

_L’accord intérimaire  les deux parties décidèrent de limiter le nombre et les modèles de lance-missiles stratégiques sol et mer ( missiles sol-sol, bombardiers stratégiques et SLBM ) déjà en place ou en construction. Toutefois, une amélioration des modèles existants fut autorisée – les Etats-Unis furent les grands vainqueurs de cette clause.

 

_Les pays ne possédant pas d’armes nucléaires en 1967 n’avaient pas le droit d’en acquérir.

 

SALT I avait une durée de cinq ans, renouvelable sur décision bilatérale des deux signataires. Pour sortir de l’accord, six mois de délai avant notification étaient requis. Il entre en vigueur en 1970.

 

 

SALT II: Le second round des discussions SALT déboucha en 1974 sur l’accord de Vladivostok et sur celui qui finalisait le traité ( 18 juin 1979 ). Ce second traité alla plus loin que son prédécesseur: il fixa un nombre maximal d’ICBM et de bombardiers, il stipulait donc la destruction des stocks en surnombre. On a inventé la décapiteuse d’avions ironisa un militaire de l’époque : des machines à couper les ailes et la queue des avions furent inventé et on exposait les fuselages décapités sur de longues files afin que les satellites ennemis les voient.

 

START I  ( Strategic Arms Reduction Treaty I par Reagan-Gorbatchev ). Devant le nombre impressionnant d’ICBM russes, Reagan –par ailleurs irrité par le traité SALT qu’il était loin d’approuver - lança la proposition d’un nouveau traité de réduction. START I naquit à Genève en 1982 où les américains eurent beau jeu de démontrer que l’équilibre de la Terreur devait s’effectuer à armes égales, ou, en d’autres mots, détruisez donc ces ICBM qui nous gênent. En Europe, les gouvernements avaient d’autres problèmes plus urgents : le couple Mitterrand-Kohl s’inquiétait des SS-20 -missiles à moyenne portée soviétiques installés dans les pays de l’Est- qui, bien que dirigés sur des cibles de l’OTAN, tomberait de toute façon sur leur têtes… Après un discours devant le Bundestag, Mitterrand dénonça le problème : les SS-20 étaient des menaces inacceptables et les Américains étaient les bienvenus s’il voulaient installer leurs Pershing-II pour une éventuelle riposte. Les Soviétiques, outrés par cet affront, quittèrent la table des négociations fin 1983. Ce n’est qu’en 1985 qu’ils acceptèrent de revenir malgré le fait que la crise des Euromissiles n’était pas pour autant résolue. Reagan et Gorbatchev tournaient en rond sans se rencontrer : le premier restait sur sa lancée : détruire les ICBM en surnombre tandis que le second continuait sur l’I.D.S. qu’il voulait voir disparaître. Le dialogue fut pour la deuxième fois rompu. C’est encore une fois les Russes qui firent un geste : Gorbatchev céda et la négociation déboucha sur la signature du traité FNI (forces américaines et soviétiques de portée intermédiaire) en décembre 1987. Bush remplaça Reagan et en juillet 1991, les deux parties ratifièrent START I qui prévoyait une réduction de 25 % des têtes nucléaires stratégiques des deux pays. Il entra en vigueur en 1993. En janvier de la même année, les deux grands – Ieltsine pour l’ex-URSS-,  l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan acceptaient de se séparer de 75 % des têtes nucléaires encore en leur possession.

D’autres nombreux traités auraient ici leur place, on pourra citer, entres autres, le protocole de Lisbonne ( la Biélorussie ,le Kazakhstan et l’Ukraine renoncent aux armements de l’ex-URSS sur leur territoires ) du 23 mai 92 ou le traité de Bangkok du 15 décembre 1995 qui crée une zone dénucléarisée en Asie du Sud-est.

 

2) Les effets de la Régulation

         Les traités de Régulation nucléaires doivent, pour être efficace, répondre à plusieurs conditions qu’il est difficile de réunir, les principales sont les suivantes :

Ø     Une volonté ferme de désarmement des parties signataires avec la conscience et l’acceptation de la perte de souveraineté que cela engendre.

Ø     Que tous les pays qui possèdent des armes acceptent de signer le traité.

Ø     Posséder des moyens d’information suffisants et reconnus par les parties pour permettre d’observer de visu l’application.

Ø     Que les deux parties désirent réellement désarmer et non pas affaiblir les adversaires

Ø     Avoir la garantie que le traité ne sera pas dénoncé sans délai.

 

En cela, le TNP ne fut pas efficace : sans la seconde condition, rien n’était possible : si, ne serait-ce qu’un pays, refuse de signer un traité de désarmement, on peut considérer qu’il ne sert pas totalement. Ici, le Pakistan et l’Inde, deux ennemis déclarés qui possèdent la bombe et n’ont pas signé et donc peuvent librement exporter des technologies… Actuellement, ce fait n’est pas un vrai problème : ces pays sont plus occupés à développer leur propre technologies qu’à en exporter. Ce traité comporte une clause pour le moins paradoxale : il y est indiqué la promotion du nucléaire civil. A première vue, il ne s’agirait que de développer les paix moins riches en exportant des matériaux médicaux, des centrales nucléaires pour produire une électricité « « non » » polluante… Mais là où l’on parle de développement, les industriels ont tendance à entendre gros bénéfices. Oh, combien les Européens et les Américains ont « développé » le Tiers-Monde à coup de réacteurs nucléaires qui, on le savait pertinemment, finissaient par enrichir l’Uranium et le plutonium qui constituaient, oh, surprise !, des bombes. L’hypocrisie était flagrante : quelle différence existe-t-il entre vendre une bombe atomique et vendre une bombe atomique en pièces détachées ?  Peut être la moralité bien connue des marchands de canons...

 

Les traités SALT et START sont, quant à eux, les plus importantes contributions à la Paix nucléaire dans le monde. Les deux Grands ont eu la sagesse de réduire considérablement leur armement, premier pas vers un apaisement de l’Equilibre de la Terreur et donc vers une fin de la guerre froide. Sans ces interventions, le niveau actuel d’armement dans le monde serait inimaginablement dangereux : vols, sabotages, mutineries, tous les risques seraient multipliés et la psychose serait justifiée.

On pourrait néanmoins préciser que les Américains sont sortis les grands vainqueurs de ces traités : en jouant sur la qualité et non plus la quantité des armes, elles ont irrémédiablement poussé l’URSS à l’épuisement technologique. Une des raisons de la fin de l’URSS est qu’elle a stérilisé une quantité beaucoup trop importante de ses ressources à la course technique que lui imposaient les USA : ruinée, elle a du renoncer à concourir avec un adversaire plus riche et plus avancé que lui. La volonté de Paix n’est donc pas la seule motivation dans ce problème, la politique y est aussi pour beaucoup.

On notera ici un cas intéressant d’auto-dissuasion : l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan possédaient entre 1991, chute de l’Empire soviétique et 1992, date du protocole de Lisbonne, de nombreuses têtes stratégiques ainsi que des ICBM, elles ne les ont pas utilisé et les ont rendus sans exception aux militaires Russes venus les reprendre. Il n’est parfois – plutôt rarement- pas besoin d’important traités pour limiter la prolifération.

D’autres moyens inédits sont disponibles pour arrêter la course aux armements nucléaires d’un pays. La Corée du Nord qui avait lancé un projet de développement a connu des récoltes largement trop insuffisantes pour assurer une nutrition correcte à sa population. Les Américains ont donc eu l’idée d’échanger des céréales contre des futures bombes. Un nouveau moyen de pression à l’arrêt des recherches est né. On peut néanmoins s’inquiéter de sa fiabilité : faut-il prier une famine pour s’assurer d’une prolifération contrôlée ? Si demain des pays souverains lancent des projets de développement, comment pourra-t-on les arrêter ? L’auto-dissuasion et les subventions ne pourront pas indéfiniment arrêter des nations entières.

Les armes irakiennes et iraniennes en sont les meilleures preuves : comment aller contre la volonté d’un homme ? De plus, les pays du Tiers-Monde qui sortent du chaos économique ne voudront-ils pas acquérir la bombe ? L’Afrique du Sud et le Brésil ont toutes deux lancé des programmes qui ont été arrêtés faute de moyens mais qui nous assure que demain, de nouvelles ressources leur permettront de mener à bien leur projets ?

Le traité parfait pour limiter la prolifération n’existe pas. Tous les pays ne se mettront probablement jamais d’accord sur la question de l’arme nucléaire. Les solutions sont ailleurs : intimidation, séduction, sanction sont probablement les meilleurs armes pour lutter contre la dissémination. Néanmoins, on doit noter que depuis dix ans, tous les pays qui ont cherché à acquérir la bombe, à savoir, la Corée du Nord, le Brésil, l’Argentine, l’Afrique du Sud ainsi que tous les pays qui avaient hérité d’armes nucléaires à savoir la Biélorussie, le Kazakhstan ou l’Ukraine ont tous renoncé à la garder. Les obstacles politiques et financiers que représentent le TNP sont autant d’obstacles qui dissuaderaient les pays qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions. Constatation faite, on voit que le danger ne vient pas tant des Etats que des autres structures, réseaux, et autres organisations terroristes qui ont, en moins d’une heure modifier le cours de l’Histoire du siècle naissant.

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Pendant quarante ans, hormis les crises de Berlin et de Cuba, l’arme nucléaire possédé par un club oligarchique réduit de pays permettait de réguler les crises, de temporiser les affrontement et, malgré son caractère total, elle a permit aux deux Grands de s’effrayer tout en évitant une montée aux extrêmes, qui aurait été, n’en doutons pas, fatale. La dissuasion et la régulation des activités nucléaires ont permis à un nombre restreint de pays d’imposer au Monde un certain calme bien qu’en elle-même, elle n’aurait pu être utilisé contre un pays non-possédant. Aujourd’hui, le système paraît étanche : presque tous les pays ont signé le TNP, les récalcitrants ont la bombe et les essais du Pakistan et de l’Inde paraissent avoir fermé « l’entrée du Club «  nucléaire.

Néanmoins, deux phénomènes viennent contrarier cette hypothèse : des puissances comme la Corée, le Japon et Taiwan ambitionnent – et ont les moyens – d’obtenir leur bombe. Parallèlement, et c’est ce qui est le plus à craindre, des organisations malveillantes cherchent elles aussi à s’en doter et c’est à partir de ce moment qu’on peut situer dans les années 90, que le désordre nucléaire apparaît.

 

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